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Exposition, Les Impressionnistes à Londres.  Artistes en exil, 1870-1904.

Exposition, Les Impressionnistes à Londres.  Artistes en exil, 1870-1904.

Rapport d’exposition, Les Impressionnistes à Londres.  Artistes en exil, 1870-1904.

Rendu dans le cadre de travaux universitaire, version augmentée.

 

 

     L’exposition Les Impressionnistes à Londres. Artistes en exil, 1870-1904, se tient au Petit Palais en collaboration avec le Tate Museum de Londres, à Paris du 21 juin 2018 au 14 octobre 2018. Je m'y rends un mercredi de septembre poussée par la curiosité artistique et l’intérêt universitaire. Au vue du compte-rendu attendu, j’adopterai ici le regard attentif du visiteur. Par conséquent, la première partie traitera de l’accueil et des dispositifs mis en place par le Petit Palais. Ensuite, je retracerai l’organisation, la muséographie adoptées. Et dans la troisième partie je proposerai une analyse du contenu de l’exposition.

 

 

     Le Petit Palais se situant au centre de Paris, il est facilement accessible par les transports en commun. L’accès reste néanmoins toujours compliqué par les normes Vigipirate. L’institution fait partie des musées de la ville, la grille tarifaire ne présente donc aucune surprise, les moins de 26 ans bénéficient d’un tarif préférentiel.

     Je fais l’exposition seule, il est néanmoins possible d’effectuer des visites de groupes, accompagné d’un médiateur à l’oreillette toute professionnelle qui vous chuchotent mille et une informations et vous change en robot ; toute conversation personnelle avec votre voisin ou l’œuvre devant vous, dont une partie du groupe vous tient à l’écart, est strictement prohibée. Sont à disposition des audio-guide tout aussi sérieux, ressemblant à des téléphones portables, pour de plus sociables groupe constitué par vous-mêmes. Je me contente de mes ringards appareils visuels, nommés yeux (et lunettes corrigeant ma myopie), merveilles de technologie inégalées, pour lire et contempler.

     Malheureusement il n’y avait plus de brochure à disposition. Il reste toutefois inscrit aux murs les informations et axes de réflexion essentiels ainsi que quelques citations et témoignages. Ces derniers sont également mis en scène de manière ludique : des enregistrements sont audibles via de vieux appareils téléphoniques. Par ailleurs une salle est consacrée à un aspect plus pédagogique de l’art. C’est un atelier de copiste : tout visiteur est invité à prendre place sur un banc d’écolier, face au paysage de l'avenue Churchill ouvert par la baie vitrée. Les carnets de croquis collés aux tables sont de véritables albums de perception. Face au même paysage, les yeux et les mains s’expriment personnellement. Je me prête au jeu avec plaisir sous une lumière dorée d’automne.

 

     Chaque salle présente donc un intérêt particulier. De ce fait chaque espace est agencé différemment selon les besoins artistiques, pédagogiques, etc. La progression est à la fois thématique et chronologique, ce qui se traduit dans les couleurs utilisées. Par exemple les premières salles sur La Commune sont rouges, rappel de ce temps insurrectionnel et sanglant. Les autres pièces sont vertes, bleues, grises…illustrant l’exil londonien, les salons cossus, la Tamise profonde, les paysages humides.

    Ma déambulation me plonge dans des espaces géographiques ou esthétiques variés qui dessinent alors en pointillisme un panorama de la période 1870-1904. C’est une présentation très complète mais toutefois un peu hachée. La muséographie adoptée a le mérite de rendre intellectuellement actif le visiteur indolent que l’on peut être.

     Les œuvres donc se trouvent regroupées par thématiques : La Commune, la misère française, la misère anglaise (« Misère, misère… » n’a décidément aucune frontière), l’exil, les parcs, la bourgeoisie londonienne, les fêtes (Paris n’en est pas encore), la Tamise, la lumière sur l’ombre du Parlement ou embrasant les rives. Chaque élément esthétique ou historique est illustré par deux ou trois tableaux d'un même peintre. Sont également exposées des sculptures, esquisses, gravures. J’apprécie cette diversité de media qui permet de saisir les enjeux à plusieurs échelles avec précision. Cette exhaustivité, non écrasante et bien agencée, dénote une certaine exigence intellectuelle relevée par les deux musées partenaires.

 

     Je suis sensible à une (trop grande ?) contextualisation grâce à laquelle j'ai pris conscience de la violence de cette période marquée par la Commune et l'invasion prussienne.  La peur et l'insécurité allant jusqu'à pousser les citoyens à la décision extrême de l’exil. Notons que les œuvres sont autant de poignants témoignages.

     La taille des pièces et leur configuration rendent possible d'ailleurs une certaine intimité avec les œuvres, le visiteur seul n’est pas perdu dans une froide et neutre immensité. Les salles sont chaleureuses, invitant à prendre le temps de regarder comme chez soit les accrochages. L’intimité est en revanche contrariée, étouffée, par les groupes d’humanoïdes et leur médiateur, dont la communication semble in fine très limitée.

     De plus le changement continuel d’ambiance ne favorise pas l'unité entre les salles. J'ai eu le sentiment d'une exposition aux thématiques plus ou moins éparpillées, regroupées par le hasard de l'histoire.  Dans un même temps je peux considérer, y voir, une muséographie impressionniste. 

 

     Je note une grande diversité des regards enveloppant Londres et des mises en scène de la nouvelle vie anglaise des artistes. Un temps Paris n’est plus le centre de la vie artistique, ni non plus celui de la vie quotidienne des artistes. J'ai distingué plusieurs points de vue :

- caricature de la société bourgeoise londonienne : regard ironique et non moins esthétique de Tissot.

- mondanités et élégances victoriennes, mises en scène par Tissot et Carpeaux.

- climat paisible contrairement à la France, par exemple dans le thème des jardins anglais de Pissarro, ou les représentations de la Tamise.

- tristesse de la terre d’exil. Les brumes et couleurs sont teintées de mélancolie -Méditation, de Manet- œuvres représentant les artistes dans leur cercle personnel : portraits intimes. 

- industrialisation anglaise : nouveau monde fantastique. Mouvements et atmosphère gothique dans les œuvres de Doré, Whistler, Monet, Derain.

     L’exposition Les Impressionnistes à Londres. Artistes en exil, 1870-1904, permet de rentrer dans l'intimité de la peinture. La grande histoire a poussé des individus à agir différemment et leur production s’en est trouvée changée. Cependant cette exposition m’apparaît presque exclusivement historique : les œuvres en effet sont utilisées comme témoins, aussi émouvantes ou belles soient elles, plus que comme productions plastiques remarquables.

 

 

     Pour conclure, c'est une exposition très professionnelle et bien menée (je n'en attendait pas moins venant de telles institutions). Il n'en reste pas moins ces deux impressions de décousue, pointilliste et le fait que les tableaux soient simplement comme des preuves ou exemples de la vie d'exilés. Il est vrai que l'exposition porte sur les impressionnistes à Londres et non pas sur l’impressionnisme à Londres. J'apprécie aussi particulièrement les provenances étrangères aux musées parisiens. Les œuvres présentées semblent ainsi représentatives de la production plastique de chaque artiste à cette période donnée. Relevons aussi le plaisir de voir les œuvres de grandes figures comme Manet, Sisley… ainsi que celles de maîtres moins médiatisés comme Doré… ou encore celles de découvertes personnelles comme Tissot, Carpeaux, Whistler…

C. Lanotte

Nov. 2018