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Lanotte
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https://hanohszpira.comhttps://hanohszpira.com

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        Trajecture 1 et Trajecture 3 sont composées aux frontières des techniques plastiques traditionnelles et de la technique de modélisation 3D, celle-ci ouvrant la création à un espace infini. Et par conséquent l’espace est bouleversé  au sein même du cadre.  En effet, la profondeur de champs, les ombres, etc., qui permettent de situer les figurés, de manière « réellement » impossibles, sont rendues possibles par cette technique. Alors où le spectateur  se positionne-t-il ? Doit-il entrer dans l’espace du cadre, au sein du virtuel, où les figures sont pourtant dos à lui, tendues vers un fond invisible ?

        Le spectateur se retrouve face à un paradoxe : l’image est un à-plat qui créé du volume, alors qu’ici, c’est le volume qui prend la forme de l’à-plat, tout en intégrant les possibles de la 3D. D’où la force des créations qui apparaissent pour autant dans la fragilité de la suspension, comme Trajecture 1 et Trajecture 3.

        Ces œuvres a priori très sobres, ne tombent pas dans un minimalisme esthétisant. La simplicité des couleurs (gammes de noirs et blancs), soulève de manière directe et crue la gravité -pesanteur de la vérité- du mouvement de création, sans affecter toutefois le jeu étonnant du processus artistique.

        Celui de Hanoh Szpira en particulier consiste à sculpter l’image avec des algorithmes artistiques pour finalement trouver l’ultime point de rupture : l’équilibre dans le déséquilibre, l’harmonie dans le chaos. Il saisit ce qui advient de justesse, l’ « accident » au sens premier du terme. D’où une certaine violence de la fragilité, traduite par un modelé fort et vacillant des figures au trait. L’instant d’un mouvement et les figures suspendues sont en décompositions composées, rythmées.

        La volonté de Hanoh Szpira est de briser la froideur de l’image numérique. Et ce, grâce à l’alliance des techniques traditionnelles aux nouvelles technologies, qui humanise en quelque sorte ces dernières. Mais c’est en fait les dépasser toutes deux, les faire traverser et les faire correspondre, comme le souligne la racine latine (« trajicere ») des titres Trajecture 1 et Trajecture 3. Cela induit une réelle question sur la spatialisation du virtuel à plusieurs points de vue : l’espace de création (hybridité des techniques), l’espace de composition (agencement des traits formant les figures), l’espace-temps (capture d’un instant t), l’espace d’exposition (quelle est la place du spectateur ?), l’espace de réflexion (…).

        Une étonnante délicatesse émane de la force du trait et de la composition ainsi que de la fragilité de la suspension des corps et du mouvement. Le plasticien 3D installe une tension tout en finesse qui ne prend pas le spectateur en otage ou lui arrache une réaction épidermique. Trajecture 1 et Trajecture 3 mettent en vibration le virtuel et le physique : l’image et le spectateur. L’appréciation des œuvres ne se trouve donc pas dans l’immédiateté, elle nécessite un temps pour se situer, estimer et savourer l’art et la manière.

 

Clémentine Lanotte

Janvier 2018